PAQUES ,un grand réveil

on janvier 29, 2019 in Actualité

Pâques, un grand réveil.
La fête de Pâques doit susciter chez les croyants un nouvel élan.
Nous en avons grand besoin alors que des « bruits » multiples laissent entendre que des dérives honteuses ont atteint des membres de l’Eglise.
Pouvons-nous nous y résigner, là où l’Eglise a failli, en nous disant que c’est « humain », et qu’on ne peut pas grand’chose pour y remédier ? Ma réponse à cette réponse fataliste est : Non. On doit tout faire pour que l’Eglise soit débarrassée de ses plants vénéneux et retrouve la pureté à laquelle sa mission l’appelle. On ne peut être crédible dans les conditions présentes. Que faire ?
La première action consisterait à accroître une vigilance sur ceux qui sont en responsabilité dans l’Eglise. La première vigilance c’est celle qui encourage le discernement dont les règles sont précisées par la tradition. C’est un discernement spirituel, qui, apparemment, n’est plus exercé comme il devrait l’être et dont les normes sont aujourd’hui méconnues ou délaissées. Réapprendre ces règles et ces normes au bénéfice d’accompagnements spirituels réguliers. Tout prêtre devrait pouvoir se prêter à de tels discernements et à les vivre de façon régulière (tous les mois). Il faudrait que l’Eglise se réapproprie cet usage délaissé pour vérifier que les responsabilités et les missions sont exercées sainement et adéquatement.
Et que responsables comme laïcs recourent régulièrement au sacrement de réconciliation (qui est aujourd’hui peu proposé et peu fréquenté, ce qui montre qu’on ne se reconnaît plus pécheur puisqu’on ne ressent plus le besoin de recevoir le pardon de Dieu ).
Le livre « Sodoma » (de Frédéric Martel) , fort pénible au demeurant, laisse entendre que des homosexuels en nombre (ou même des pédophiles, non évoqués par l’auteur, car ce n’est pas son sujet mais on peut les rajouter à son propos) seraient entrés dans l’Eglise en vue d’ exercer des responsabilités et de trouver en elle un cadre sécurisant les préservant de recourir à pratiques risquées et qu’ils seraient devenus au cours du temps à la fois des rigoristes intransigeants en matière de morale sexuelle, défendant des principes moraux très rigides, et, simultanément, des pratiquants actifs d’ actes homosexuels (ou pédophiles) cachés. Ils auraient pris l’habitude de mener une double vie, malhonnête, devenant de ce fait incapables de porter de bons fruits spirituels puisqu’ils vivraient dans le mensonge et l’ambiguité, revendiquant une chasteté de principe, totalement hypocrite, en se déclarant faussement en règle avec les exigences de leur état et de leur statut. S’il en est ainsi, ou bien ce serait à cause d’un discernement trop superficiel opéré au moment de leur admission aux ordres sacrés, ou bien à cause d’une vie spirituelle dégradée, et donc, dans l’un et l’autre cas, d’un manque de discernement et d’accompagnement sérieux (et de vérification) spirituels au cours de leur vie et dans leur ministère. Ils se contenteraient de défendre une image extérieure de moralité derrière laquelle ils cacheraient une réelle immoralité, ce qui concorde avec le péché de pharisianisme dénoncé comme le mal primordial combattu par Jésus dans les évangiles. C’est donc une grave duplicité que l’Eglise aurait tort de perpétuer.
Il semblerait que l’enseignement reçu du concile de façon générale ait été, sans qu’on ait trop cherché à creuser, qu’on était, en tant que chrétien, libre par rapport aux observances (imposées et trop traditionnelles, a-t-on eu l’habitude de dire) et que chacun désormais avait à trouver par lui-même les comportements (moraux ou non) qui lui convenaient. Cela rejoignait une revendication de l’esprit commun dans le monde aujourd’hui: que chacun puisse agir comme il lui plait sans que des institutions s’autorisent à vouloir imposer des normes décrétant le bien et le mal décrétées autoritairement. Ce n’était évidemment pas ce que disait le concile, mais c’est ce qu’on s’est plu à retenir et à répéter inlassablement de lui. On en déduisait probablement que la totale liberté d’agir était encouragée dans l’Eglise conciliaire et que, désormais, on pouvait faire à peu prés ce qu’on voulait sans référence à des normes, sinon exigées du moins recommandées. On peut penser que l’abondance de pratiques déviantes aient profité de cette ambiance de tolérance. C’est sous influence de cette mentalité, réagissant à des siècles antérieurs de moralité trop imposée et contraignante, que la fameuse tolérance (qui n’est pas en tant que telle, une vertu chrétienne) ait été tellement invoquée ici ou là (dans des prières universelles ou des homélies) dans les décennies qui ont suivi le concile.
Il faudrait certainement compléter le concile par des enseignements et encycliques portant sur la morale et la vie spirituelle, ciblées sur le discernement spirituel, tout en sachant qu’aujourd’hui les contemporains n’admettent plus que des lois morales soient édictées par quelque institution et, a fortiori, par l’Eglise. C’est comme ça et c’est fort difficile aujourd’hui de rappeler qu’une vie spirituelle authentique exige des comportements moraux (et sexuels) précis et définis. On veut bien d’une vie spirituelle, mais sans l’apport des recommandations complémentaires concernant la théologie morale et la sexualité (Dans les studiums de l’Eglise, il y a belle lurette que la théologie morale n’est plus enseignée ; je n’ai personnellement eu aucun enseignement moral dans les études que j’ai faites à l’abbaye vers les années 1970, pas plus que de théologie de la spiritualité. On déclarait ne plus pouvoir en faire aujourd’hui).
On peut le regretter. Il faudrait agir à l’encontre de cette imposition de l’opinion qui n’accepte que les incitations à la liberté et ne tolère plus les rappels moraux, tous ressentis comme des abus de pouvoir y compris dans l’Eglise. On constate pourtant que cela a fini par introduire de graves déficiences dans les mentalités et les conduites.
Le concile Vatican II aurait dû susciter une large conversion de l’Eglise entière. C’est un concile dont on ne peut mettre en cause les thèmes doctrinaux. Mais il n’a pas atteint tous ses objectifs, entre autres celui de rendre l’Eglise entièrement réceptive à la vie de l’Esprit et vivant de l’union à la Trinité Sainte (sainteté de tous les baptisés).
Le concile a mis en valeur la priorité à donner à la Parole, sa connaissance, son étude, son intériorisation, sa divulgation. Les catholiques ne connaissaient pas l’Ecriture, avant ce rappel conciliaire, ce qui les distinguaient des églises évangéliques ou protestantes. Cette étude renouvelée de l’Ecriture a-t-elle été suffisamment encouragée dans l’Eglise après le concile afin de combler le retard accumulé au cours des siècles antérieurs ? On peut craindre qu’elle ne l’ait pas été assez au vu de l’état spirituel de l’Eglise actuelle. Un recours plus généralisé à l’Ecriture aurait dû transformer en profondeur les cœurs et les esprits. Il n’a eu lieu que trop partiellement, semble-t-il.
Un autre accent majeur de ce concile était que l’Eglise devrait être essentiellement communionelle, et que les responsabilités devaient être exercée collégialement, en coopération. Cela s’est largement développé, avec la prise de conscience renouvelée que le baptême engageait chaque chrétien à exercer le « sacerdoce commun » en coresponsabilité avec le sacerdoce ministériel des prêtres. Cela s’est manifestement réalisé assez généralement. Mais 60 ans après la fin du concile on a la surprise d’apprendre, selon l’estimation du pape François, que le cléricalisme subsiste chez les prêtres et a même été renforcé chez certains. Normalement, si les orientations du concile avaient été respectées et honorées, le dit cléricalisme aurait dû largement s’estomper ou disparaître. C’est donc que le concile n’a été reçu que trop superficiellement, ou bien que les vieux atavismes ont resurgi au dam des rappels conciliaires, et donc, que le concile n’a pas foncièrement touché le cœur des engagements et des volontés, ce qui s’appelle « conversion » en termes spirituels. Le concile supposait une conversion spirituelle. Au vu de toutes les dérives repérées au sein de l’Eglise, on est bien obligé de constater que les conversions nécessaires à un nouveau mode d’exercice de l’autorité dans l’Eglise ne se sont pas assez produites. Du coup, des communautés d’Eglise prônant un renouveau de la foi en ce temps peuvent aujourd’hui revendiquer un renforcement du rôle des clercs au détriment des responsabilités laïques, prétextant que les laïcs ont tenu trop de place dans l’ère post conciliaire, ce qui va à l’encontre de la solution souhaitée par le concile et risque de renforcer encore le cléricalisme et, partant, un déficit continu du renouveau de la foi, pour lequel le cléricalisme, selon le pape François, serait l’écueil principal à éviter.
Ce sursaut de l’Eglise peut porter d’abord sur un point, celui de la prière et de la théologie morale. Certains se sont opposés (lefebvristes et consorts) au concile au nom d’un désir d’authenticité de la vie spirituelle et de crainte que l’ouverture conciliaire libérale ne conduise à un affadissement de la foi. Disons qu’ils n’avaient pas totalement tort alors que l’Eglise catholique s’est ingéniée à convaincre qu’ils étaient complètement dans l’erreur. Il fallait certainement faire droit à leurs mises en garde et à leurs craintes, sans les condamner et les proscrire de façon abrupte. Non qu’ils aient eu entièrement raison (ils avaient et ont encore des refus et a prioris difficiles à légitimer), mais l’actualité révèle qu’ils n’avaient pas non plus entièrement tort et qu’il eut été bon de faire droit à leur attentes légitimes (et non aux illégitimes, bien sûr). Entre autres, à l’autorisation de la messe tridentine en latin qui a fini par être accordée après trop de polémiques stériles et diviseuses durant plus de 25 ans, ce qui a dispersé des énergies que l’on aurait pu mieux utiliser pour des ambitions et des fins plus utiles. Un prêtre intégriste, désirant retourner à la Grande Eglise, de bonne foi donc, m’a dit : « Nos fidèles cherchaient surtout à ce que la prière de l’Eglise soit authentique et profonde ». Car il semble que l’interprétation conciliaire en son message le plus largement divulgué ait favorisé ce qu’il faut bien appeler un certain-laisser-aller au plan de la prière (de la lex orandi, et, partant, un affaiblissement de la lex credendi). Celui-ci ne fut pas l’effet direct des décrets du concile, mais on a trop unilatéralement retenu que le concile était libertaire, devait permettre de favoriser la liberté dans tous les domaines, et on sait que les humains livrés à une trop grande liberté, en font en général mauvais usage si on ne leur rappelle pas en même temps ce que la dite liberté doit respecter pour être vraiment libre, et non stérile.
Quant aux progressistes, ils s’en sont pris à certaines intentions trop conquérantes de la « nouvelle évangélisation » par des communautés récentes, qui, il faut le dire, ont parfois voulu réinvestir l’espace public par des « reconquista », gommant la nécessaire séparation entre l’Eglise et l’Etat, et voulant s’imposer par un retour à un état de société où la religion tenait la première place. Cette reconquête trop volontariste n’est pas encore la conversion au christ prônée par l’évangile. Elle ressemble trop à des embrigadements pour une cause plus qu’ à une évangélisation en profondeur des cœurs et des esprits telle qu’elle est décrite par les « Actes des apôtres ». Elle prit parfois des allures conquérantes et triomphales qui ne correspondent pas à la véritable évangélisation (l’Opus Dei, les légionnaires du Christ, entre autres, veulent être des sortes de milices disciplinées et combatives aptes à gagner du terrain au bénéfice de la religion et dont la conversion de foi est moins importante que la conquête de territoires et de lieux importants et de création d’institutions imposantes ( universités nombreuses créées par les légionnaires du Christ ou l’Opus Dei) dans le monde. Pour quoi enseigner ? On veut surtout former des élites. Elites ou vrais évangélisateurs tous terrains ?). On s’aperçoit que ces désirs conquérants sont quelque faussés par des intentions dominatrices (et ont pu dissimuler des comportements scandaleux, comme il en fut de l’horrible Maciel, fondateur des miliciens de la Légion du Christ, (ou bien du fondateur bien connu des frères de St Jean à un degré moins visible) et qui avaient plus des allures de Machiavels libidineux que de serviteurs du Christ. On ne combat pas dans l’Eglise avec ces armes-là. On n’est pas d’abord « milicien du Christ » mais serviteur de Dieu. On peut donner raison à la critique des progressistes, qui, par ailleurs, ont eu le défaut de vouloir épouser en tout la sécularité du monde moderne, ce qui présente le risque d’une dilution de la foi derrière des idéologies séculières de progrès social (marxistes) et de compagnonnage avec les luttes gauchistes de « théologie » de libération, réduisant la foi chrétienne à des combats pour la révolution sociale uniquement. Là aussi, la foi évangélique ne trouve pas son compte. On en a beaucoup souffert dans les années qui ont suivi le concile, lorsque le combat social était prôné comme suffisant pour faire advenir le Royaume et délaissait la dimension spirituelle comme non seulement surérogatoire mais encore plus comme fuite de la condition de nos frères humains et adonnée à une foi désincarnée. Que n’a-t-on pas affirmé péremptoirement sur la « nécessaire incarnation de la foi » poussant à se désintéresser de la piété et à la railler (pourtant l’un des dons du Saint-Esprit dans la théologie de l’Eglise). Cette « foi-là », strictement séculière, s’est perdue dans les sables avec Mgr Gaillot (toujours vivant mais disparu de la scène publique) avec ses défenseurs qui ont très rapidement vieillis et ont été remplacés par d’autres qui ont une approche presque opposée de la foi dans ce monde. C’est difficile de comprendre où va l’Eglise avec de tels changements de perspectives en quelques décennies.
On a trop retenu du concile -ce qu’il contenait certes, mais en partie seulement- qu’il voulait introduire une plus grande liberté dans tous les domaines des comportements humains. Le concile était aussi un retour aux sources de la tradition et des Pères, ne serait-ce que dans la liturgie. On a dit que les réformes étaient faites pour rejoindre l’homme contemporain, le monde actuel (« aggiornamento »). Or la foi n’est pas de ce monde (cf. l’évangile de St Jean) même si elle doit participer à la vie du monde, la vivifier et aimer le monde d’une certaine manière. St Jean déclare : « Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde ». Il y a le monde que Dieu aime et celui qui s’oppose à Dieu, et celui-là on ne peut l’aimer ; on doit s’en distancer et le combattre spirituellement.
On n’a pas assez expliqué que le concile était aussi destiné à retrouver une tradition authentique débarrassée d’aspects plus récents en quelque sorte surimposés à la foi authentique de l’Eglise. Comme disait le P.Congar : « Retrouver la véritable tradition, c’est quitter des traditions récentes pour des traditions plus anciennes ». Ce fut le cas pour des décisions conciliaires en telle ou telle matière.
La tâche d’un réveil de la foi serait de remettre à la première place la vie spirituelle délaissée par l’époque post conciliaire en général. On a cru qu’il suffisait de réformer et de réaménager les structures extérieures de l’Eglise, l’organisation, la création de conseils à tous les niveaux, et on a délaissé le fait que pour que les structures réintroduites deviennent fécondes, il fallait encore que les cœurs et les esprits soient convertis à l’action de l’Esprit-Saint et que les dits conseils soient animés plus expressément par le discernement de l’Esprit, et pas simplement par des volontés de dialoguer, complètement vaines si elles ne sont pas vivifiées par les inspirations de l’Esprit-Saint qui ne sont connues et révélées que si on les réclame expressément en obéissant à certaines conditions spirituelles (jamais rappelées dans les conseils nombreux que l’Eglise met en œuvre, et qui risquent ainsi menées d’être quelque peu stériles ). On aurait dû apprendre, comme le firent les premiers jésuites autour d’Ignace à Rome, aux tout débuts de la compagnie de Jésus, comment reconnaître ensemble, collectivement ce que l’Esprit attend de l’Eglise en telle ou telle matière, en tel ou tel lieu. On a trop cru à des plans pastoraux, des consultations diocésaines et des synodes qui étaient trop d’émanation humaine plus que divine. Il fallait que les réformes structurelles soient nourries par une plus large et concrète ouverture à l’Esprit-Saint « qui fait toutes choses nouvelles ». On a trop cru à des plans élaborés humainement et on a trop peu misé sur la prière pour les élaborer. On a trop misé sur des plans pastoraux plus humains que réellement inspirés par une Volonté de l’Esprit.
Le concile a été trop appliqué de façon extérieure et pas assez dans un renouveau d’intériorité. Si bien que certains ont cru qu’il suffisait de redorer la façade pour que tout soit réaménagé comme souhaitable. Quelque chose a manqué dans l’application des décrets du concile. Est-ce dû au concile lui-même ? Il ne semble pas. Est-ce dû à une application trop unilatérale et pas assez spirituelle du concile ? Il semble que ce soit dans ce sens qu’il faut chercher une explication à l’insuffisante transformation opérée dans la vie profonde des membres de l’Eglise (pas assez évangélisatrice, pas assez attestataire, pas assez renouvelée en profondeur). De plus, le concile lui-même n’a peut-être pas assez mis l’accent sur le fait qu’un nouvel état d’esprit dans l’Eglise ne pouvait naître que d’une transformation spirituelle profonde des prêtres et des fidèles, d’une véritable effusion de l’Esprit (ce qu’a déclaré explicitement le pape François). D’une nouvelle forme d’incorporation au corps mystique du Christ qui est l’Eglise.
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GAGNER SA VIE
Il semble bon de réfléchir sur le sens de la vie, de notre vie.
Au demeurant, tout le monde s’adonne plus ou moins, de temps à autres, à ce genre d’exercice. Quant au moine, il ne fait rien d’autre tout en s’activant pour accomplir les tâches matérielles qui lui sont dévolues.
L’évangile nous surprend en déclarant qu’il y a pour l’homme des choses de première importance et d’autres qui ne le sont nullement. Quelles sont-elles ? Par exemple, il y a les choses matérielles qui ne peuvent nous atteindre que de l’extérieur ; celles-là, disent les évangiles, ne peuvent vraiment faire du mal. Il suffit de ne pas s’y accrocher si elles risquent de faire du mal Et puis il y a celles qui viennent de l’intérieur, du cœur, et celles-là peuvent contaminer et polluer, vraiment détruire. Ce sont des « pensées ». Il faut donc être d’abord attentif à ce qui procède de l’intérieur de nous-même.
L’évangile dit cette chose étonnante que les pensées qui viennent du cœur souillent et détruisent, mais ce qui entre de l’extérieur – dans l’estomac par exemple – ne peut vraiment détruire et contaminer. Cet avertissement salutaire (comme toute parole d’évangile) peut sauver notre vie.
Prenons un citoyen lambda. Il est lambda comme tout citoyen, c’est-à-dire qu’il n’aime pas trop se distancer de la surface des choses, des réactions et des « pensées ». Il n’est pas trop content de son sort. Il voudrait vivre mieux et davantage. Il estime que les impôts qu’il doit payer, le salaire qu’il reçoit ne lui permettent pas de vivre correctement. Il n’est pas content contre ceux qui à ses yeux lui empêchent de vivre plus aisèment. Il n’est donc pas content d’être, selon lui, empêché de vivre. Il est empêché de vivre parce qu’on le prive des moyens qui lui permettraient de mieux vivre. Tout le monde pensera que cette insatisfaction est légitime, mais l’évangile nous dit que ce ne sont pas les espèces sonnantes et trébuchantes qui font vivre mais ce qui vient de l’intérieur de nous-mêmes. Qu’est-ce qui permet au fond de vivre vraiment ? C’est le climat de l’air spirituel que l’on respire qui fait du bien et fortifie.
On croit que la réclamation-protestation va engendrer une vie nouvelle, mais l’évangile nous dit que la nouvelle vie, et même l’amélioration de la vie ne peut venir que de l’intérieur et non de l’extérieur. Dire cela, surtout si ça venait de la bouche d’un gouvernant, semblerait intolérable et inadmissible. En fait, il ne s’agit pas d’une réflexion que des gouvernants pourraient faire ; ils n’ont pas à parler de vie spirituelle – ils ne peuvent améliorer la vie des gens que matériellement – ni prétendre faire le bonheur des gens. Tout au plus peuvent-ils ne pas faire leur malheur, ce qui serait déjà pas mal. Mais, dans le contexte de pensée que je propose ici, on pourrait souhaiter des gens qu’ils n’attendent pas des gouvernants tout le bonheur qu’ils recherchent et que les gouvernants ne fassent pas croire qu’ils peuvent leur procurer Le grand bonheur. Ils ne le peuvent pas. Par un leurre qui fait le malheur de la politique et la raison des soubresauts qui secouent l’histoire des peuples, beaucoup ont attendu des gouvernants qu’ils leur fournissent des « lendemains qui chantent » et des bonheurs inouïs, comblants et euphoriques. Devant l’incapacité de les procurer, les révoltes populaires ont renversé les gouvernements en place pour en instaurer d’autres (qui ne seront pas beaucoup plus satisfaisants). C’est à cause de cette idolâtrie du pouvoir visible et matériel que l’histoire humaine est tellement heurtée et si peu ordonnée selon un cours tranquille.
Il ne s’agit pas de réflexions qu’ on pourrait utiliser pour gérer au quotidien la vie politique, mais de celles qui émanent de l’ouverture du cœur qui sait que le plus important n’est pas ce que l’on gagne matériellement mais le trésor de son cœur que l’on gagne en le recevant à l’intérieur de soi. Et faute de savoir que l’on peut jouir à l’intérieur de soi d’un bonheur immense, hors de toute contribution matérielle, on va rechercher hors de soi ce qui va améliorer ses conditions matérielles. Mais ce n’est pas ça qui fait le bonheur. Le dicton populaire le sait bien :l’argent ne fait pas le bonheur. C’est vrai au sens strict ?
Je lisais récemment un livre du philosophe Michel Henry, converti sur le tard à la vie chrétienne et à l’évangile. Il remarquait que tout le monde recherche la vie mais que peu savent en quoi elle consiste vraiment. On se fixe sur des objectifs matériels et, pourtant, la vie dans l’Esprit nous annonce que le bonheur vient de nos dispositions spirituelles de réceptivité par rapport à l’Esprit, et non de nos capacités d’accumuler matériellement. Elle invite même à nous vider plus qu’à nous emplir en voulant gagner plus. « Qui cherche à gagner sa vie la perd, et qui la perd la gagne ». L’évangile n’a pas le même mode de comptabilisation que la plupart des humains. C’est pourquoi on ne peut en parler que comme un secret et inviter, comme le fait l’évangile de St Jean, à renaître de l’invisible, du souffle, du vent. On ne peut inviter qu’à se nourrir de l’invisible qui seul comble le cœur de l’homme. Qui le comprendra ? Comment naître du vent ?
Pourquoi, peut-on se demander ? Parce que ce que l’on désire vraiment n’est pas matériel et visible, mais relève du domaine des choses invisibles (comme le vent qui souffle sans que l’on sache d’où ni comment).
Nos concitoyens « gilets jaunes » le savent bien. Ils sont « en colère » par ce qu’ils s’étaient sentis ignorés et méprisés. Se sentir méprisé, mal-aimé, incompris relève de l’invisible, de réalités d’ordre immatériel qu’aucune matérialité ne peut combler et satisfaire. Cela, on ne peut le leur dire par ce qu’ils ne savent pas que ce qui fait la vie à proprement parler c’est une forme de reconnaissance. Reconnaître le bienfait que représente la vie vient d’une reconnaissance attribuée à celui qui contribue à l’alimenter Ce qu’on cherche, c’est la vie, la vie plénière, et elle est du domaine de l’invisible qui échappe à toute main-mise, toute possession mais se révèle à celui qui croit que le bonheur est moins ce que l’on reçoit de l’extérieur que ce qui nous visite invisiblement à l’intérieur de soi. Tout le monde sait que l’amour est invisible¸et qu’un amour « acheté » avec des objets de grand prix n’a pas grand prix (ou le dit « amour vénal », c’est-à-dire, frelaté et sans valeur) tandis qu’un amour de valeur n’a pas besoin d’objets de valeur (marchande) pour être garanti et authentifié. Il lui suffit d’être et l’avoir n’est qu’une façon plus ou moins travestie de le traduire ou de le manifester.
Mais là oû les « gilets jaunes » ont raison, c’est qu’on peut arriver entre humains à témoigner les uns aux autres qu’on se comprend, ; on peut vraiment compatir et se reconnaître vraiment liés les uns aux autres. Cette aspiration à la fraternité est du domaine des choses qu’on ne voit pas mais qui sont pourtant fondamentales pour vivre en société. Les aides financières apportées en supplément d’une reconnaissance accordée seraient alors les signes de cette compréhension invisible à laquelle les gens aspirent sans toujours pouvoir la reconnaître centrale pour tout le monde.

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