Une nouvelle qu’on aimerait faire connaître largement.

on janvier 8, 2018 in Actualité

Les chrétiens évangéliques ont raison d’avoir fait ressortir l’expression de l’entretien avec Nicodème dans l’évangile de St Jean : « Tu dois naître de nouveau » comme importante et même centrale dans l’expérience spirituelle. Ils se disent « born again », nés de nouveau, re nés. Quand le Président Busch se disait « born again », les gens se gaussaient, parce que sa renaissance n’était guère frappante. Ils ont raison d’avoir mis l’expression au premier plan, mais ils ont tort de vouloir la généraliser à tout homme qui se convertit à l’évangile. Ils ont raison de croire, avec l’évangile, que le fait de renaître à nouveau soit destiné à tout croyant, mais ils ont tort d’imaginer qu’on y arrive tout facilement en adhérant à telle église et en lui versant une dîme.
Retenons donc que l’évangile nous incite à renaître de nouveau. Il y a trois naissances : la biologique, la psychologique qui nous conduit à la maturité et à la responsabilité et, enfin, la spirituelle qui est le couronnement des deux autres naissances. Le Nouveau Testament nous avertit que l’on peut être un expert en certains domaines du génie humain et encore « nul » au plan spirituel, c’est-à-dire, d’en être encore aux tout premiers balbutiements au plan spirituel. Il y a donc une grande distance, comme dit Pascal (une « distance infinie », dit-il) entre l’ordre charnel et l’ordre spirituel, qu’il appelle l’ordre de la grâce. Dans le domaine dit charnel, on peut accomplir des exploits prodigieux, être même un savant ou un technicien remarquable, très bien gagner sa vie et n’avoir pas commencé à naître de nouveau. Si bien que nous appartenons à deux ordres de réalités conjointement. Nous appartenons à cette vie qui va de la sortie du sein maternel à la mort biologique. Beaucoup de personnes pensent que la vie se réduit à cette vie-là. Certains même annoncent la parution prochaine d’un « homme augmenté », muni de prothèses palliatives, et qui pourra défier le temps. Ils croient à la science, ce qui est bien, de façon aveugle, ce qui est malheureux et calamiteux. L’homme augmenté ne sera pas renouvelé mais muni d’aides électroniques multiples qui ne lui donneront aucunement la vitalité de la jeunesse mais remédieront temporairement à la caducité de ses organes atteints de vieillissement et de sénescence. La science fait des prouesses, c’est sûr, mais elle ne défiera le temps que de quelques années en le prolongeant quelque peu. Qu’est-ce que cela face à l’éternité ? L’infime par rapport à la réparation pour toujours de toutes les atteintes du mal. Avec ces performances, nous restons dans le régime de la caducité, de la mort et de la rationalité intra-mondaine. La vie de l’Esprit nous oblige à recourir à une toute autre logique.
Le fait que tant de gens se fient à ces promesses prouve que beaucoup ne sont pas re nés à la vie de l’Esprit qui échappe, elle seule, à la limite des raisonnements. La vie de l’Esprit, on ne sait ni d’où elle vient ni où elle va, comme le vent, dit Jésus à Nicodème. Nous appartenons également à une autre vie, à la Cité de Dieu. Et celle-là n’est plus vouée à la mort. En elle, la mort est définitivement vaincue ainsi que tout ce qui a trait à la mortalité (incapacités et vieillissement). Elle est branchée sur le don de Vie qui procède du cœur de Dieu. Cette Vie que Dieu donne est impérissable.
Il faut du temps pour s’accoutumer aux vérités de la Vie non atteinte par la mort. Même si la vie actuelle nous fait souffrir, c’est à elle que nous sommes attachés et tous nos modèles de pensée sont marqués par l’érosion du temps et la perspective d’une disparition possible de toutes choses que nous aimons. Quand les gens décident de s’euthanasier, ils sont convaincus qu’ils s’en vont au néant et qu’ils ne font que précéder toutes les choses et les êtres qui sont en train de vieillir et de disparaître. Ils vivent dans un néant d’espérance et dans l’horizon d’une déliquescence généralisée.
Ceux qui adhèrent à la création nouvelle, y ont été introduits dès le baptême qui est le moment d’entrée dans la vie éternelle, et toute la vie sacramentelle de l’Eglise est là pour nous nourrir de la Vie, la vraie, celle qui n’a pas de terme. Reste une difficulté. Comment recevoir cette Vie impérissable qui nous est destinée dès ici-bas ? Il faut d’abord la contempler, et pour cela changer nos raisonnements. Ne pas dire par exemple d’une personne qui meurt d’un cancer après des années de traitement : « Sa vie est finie, la pauvre malheureuse ». Un chrétien, appartenant par filiation à la Cité céleste, ne peut plus parler comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Il doit apprendre à parler d’autre manière qu’à la manière du monde. Et alors, il lui sera donné d’entrevoir, comme cela se produisit pour les saints, la lumière bienheureuse, et il en sera ébloui et passera allègement au-dessus des malheurs et douleurs de cette vie-ci car il connaîtra la réalité de la promesse. La Vie plénière et définitive n’est pas un songe creux, encore moins, une image apaisante façonnée par l’esprit humain. Elle est la Vie de Dieu communiquée. Il faut s’habituer à ne plus penser selon le monde qui , une fois sur deux, se trompe. Il faut penser selon les perspectives de Dieu contemplées. L’Esprit nous les fait voir, comme le montre l’évangile de Saint Jean. « La vie éternelle, dit-il, nous l’avons vue et contemplée. Elle nous est apparue ». Elle apparaît dans le Visage de Jésus en qui nous voyons transparaître la Bonté rayonnante du Père. Et c’est la Vie absolue, celle qui ne peut décliner. Par la louange, il faut nous habituer à nous en abreuver à pleines goulées. Par exemple, quand un malheur arrive, ne pas entrer dans la logique du déclin, en disant : « les ennuis me collent à la peau. Que va-t-il encore m’arriver ? », mais, par l’exaltation de la vie (il faut exalter la Vie pour qu’elle existe pour moi, car, en tant que telle, elle est invisible et in appréhendable, sinon par la vue de la foi ), sauter dans la Vie plénière, présente en nous, en son inépuisable abondance, et dire : « Merci Seigneur, car, à travers cet ennui apparent, tu es capable de me donner un plus grand bien. Tu es un Dieu créateur, assez Créateur et assez grand pour tout transformer en bienfait, y compris ce qui, à nos yeux humains, semble négatif et mauvais. Oui, j’ai manqué de ne plus me rappeler que tu as vaincu la mort, toute mort. Je te remercie, Seigneur. Désormais je ne me laisserai plus piéger par la mort qui n’existe plus pour moi qui suis croyant. Evidemment, elle est vaincue, puisque la Vie s’écoule à pleins bords en moi et autour de moi ».

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